les boutons du sampling

“Le sampling n’est pas qu’un raccourci pour artistes paresseux, mais une nécessité esthétique, sociale et politique : l’exemple parmi bien d’autres de l’urgence d’un détournement des sons et images des industries du divertissement. Au même titre que les netlabels et l’autoproduction sur Internet, l’art du sampling témoigne d’une indispensable réappropriation de la « culture » et de ses relais par l’artiste comme par le simple amateur.”

“Ce mouvement vers la multiplication des signes n’est pas anodin. Car ces signes qui s’imposent à nous s’adressent à notre conscience. Ils participent d’une guerre des esprits, d’une volonté du pouvoir de contrôler nos affects. Nos émotions. Nos goûts et couleurs. En son langage subliminal, le signe omniprésent nous dit : je suis une marque sexy, achetez-moi. Ou pire : ma chanson, mon scénario, mon cobaye de télé-réalité vous ressemblent, ils sont comme vous, ils sont « vous »… S’il n’y avait consentement des victimes, nous pourrions parler ici de « viol ». Mais d’un viol mental. Global aussi. Et permanent. Un crime, donc. Un crime contre la conscience, dont le philosophe Bernard Stiegler décrit très précisément l’arme : « des objets temporels industriels qui viennent hanter nos oreilles et nos yeux de telle sorte que nous ne savons plus très bien quoi penser de qui nous sommes – et si nous sommes. » Des images et airs de rien, parfaites mécaniques qui, dès notre plus jeune âge, s’infiltrent en nous pour ne plus lâcher notre mémoire. Avec, bien sûr, de nombreux déchets que l’esprit rejette : ces rebuts médiatiques ou musicaux dont parle Gary Cobain de Future Sound of London, restes de missiles mentaux qu’il recycle comme pour nous exorciser de ces pollutions durables.”

Ariel Kyrou

A lire Samplons sous la truie sur Freescape.

Leave a Reply