Quand Sarkozy provoque les cheminots….

Hier samedi (27/10), les médias, la télévision en particulier, ont tenté de monter un scénario à partir de la visite du Président Sarkozy auprès des cheminots. Un président courageux, affrontant le fauve dans son antre, un homme seul faisant face….C’était un montage qui cachait l’entourage du président, la nuée des cameramens, une armée de CRS, une mise en scène… Tout ce monde était là comme au zoo, pour voir le dompteur Sarkozy montrer “qu’il en avait” au point de défier le cheminot CGTiste dans son antre. D’où la colère des cheminots. Mais à force de faire de la politique spéctacle de prétendre résoudre tout sous l’oeil des caméras, le président s’est pris les pieds dans la moquette. C’est ce que nous explique l’article de libération de CÉDRIC MATHIOT. Mais ce qu’il décrit reste insuffisant pour comprendre ce vers quoi nous conduit l’agitation présidentielle. Mieux ou pire, l’essentiel reste occulté.

Il y a la personnalité, nous avons élu une sorte de Bernard Tapie, vulgaire, machiste et démagogue, pratiquant l’épate… Il fait le mariole ! Dire cela ne suffit pas même si cela soulage.. L’article de Libération, qui a lemérite, à l’inverse de la télévision, d’explorer la méconnaissance présidentielle des dossiers, reste néanmoins en coquetterie comme l’est l’article de l’Express sur Rachida Dati, ou tant d’autres de Marianne. Il y a là une timide opposition qui ne sort pas des rangs… Il reste à critiquer bien au-delà de la “bourde”…

L’attitude de Sarkozy ne consiste-t-elle pas à chercher des boucs émissaires face à l’échec de ses promesses électorales ?… Il est allé se défausser par avance chez les cheminots, ils l’ont compris. Mais la flagornerie des médias plus la politique de Sarkozy risquent de nous mener trés loin…

Danielle Bleitrach

Source et suite de l’article sur changement de société socio13.wordpress.com

samedi 27 octobre 2007

l’article de Libération

Annonce choc… ou boulette maousse ? En se rendant vendredi matin dans les ateliers du Landy, à Saint-Denis, près de Paris, où sont révisés TGV, TER, Eurostar et trains Corail, pour montrer ses muscles aux cheminots («La rue, elle ne fera pas plier, parce que nous sommes dans une démocratie»), Nicolas Sarkozy a surtout montré quelques lacunes dans le dossier de la réforme des régimes spéciaux de retraite, pourtant phare de son programme. Quelque peu malmené par les salariés présents (le Président a essuyé le refus ostensible de lui serrer la main d’un salarié), Sarkozy, entouré d’une nuée de caméras, s’engage dans une discussion tendue, au milieu de laquelle il finit par lancer : «Les 40 ans [d’annuités] s’appliqueront à tout le monde, en revanche, les bonifications, les décotes, moi je pense que tout ceci ne peut s’appliquer que pour ceux qui ne sont pas déjà rentrés à la SNCF.» Une rumeur monte dans la foule, un syndicaliste de FO s’étonne : «Ah, mais ça c’est nouveau !» C’est même énorme.

Le principe de la décote (1) fait partie des trois piliers intangibles du document d’orientation qui a été remis aux syndicats le 10 octobre, au même titre que la durée de cotisation à 40 ans pour la retraite à taux plein et l’indexation des pensions sur les prix. En affirmant que les décotes ne s’appliqueront qu’aux nouveaux entrants et ne toucheront pas les cheminots en poste, Sarkozy lâche donc une annonce explosive.

Les médias présents, Reuters, AFP, France 3 reprennent la phrase. Le souci, c’est qu’au même moment, chez le ministre du Travail Xavier Bertrand, qui concluait une série de rencontres avec les syndicats, les organisations de salariés se voient proposer un tout autre discours. Au point de sortir en déplorant des négociations bloquées.

A la SNCF, le discours est un peu embarrassé : «Je pense que c’est une boulette», glisse un cadre, la direction de l’entreprise préférant pudiquement s’abstenir de toute réaction officielle. Les syndicats, eux, s’en donnent à cœur joie. L’Unsa : «Si le Président le dit, c’est forcément lui qui a raison. Nous n’imaginons pas un instant qu’il ne connaisse pas le dossier.»

Prenant Sarkozy au pied de la lettre, Eric Falempin, secrétaire national de FO, se délectait lui d’une grande victoire : «On vient de gagner sur un des trois points les plus importants.» Même discours de façade de la CGT : «J’ai pris acte», assure Didier Le Reste, secrétaire de la fédération des cheminots, qui lâche : «Quand même, tout cela n’est pas très sérieux. A force d’agitation chronique, à force de vouloir parler sur tout, il en balance pas mal des bourdes. Il s’est déplacé avec une compagnie de CRS, une nuée de caméras, pour un exercice de communication qui relève de la provocation, sur des sujets qui sont quand même sérieux et qui méritent autre chose que ça…»

Dans la soirée, l’entourage de Xavier Bertrand a répondu à Libération que le ministère «confirmait les éléments du document d’orientation du 10 octobre». C’est dit élégamment, pour démentir le Président…

(1) Réduction plus que proportionnelle de la pension pour ceux qui n’auraient pas cotisé pendant le nombre d’années requises.

La méthode Sarkozy , faire le mariole, mais dans quel but?

Gaffer, se rendre insupportable par son goût de la publicité, depuis son élection Nicolas Sarkozy n’a cessé dans ce registre d’irriter les chefs d’Etat étrangers. Il est capable d’aller trés loin… Un exemple parmi tant d’autres: les médias serviles n’ont pas rapporté ce qui s’est passé à l’Elysée le 30 juillet, quand Peter Amon, l’ambassadeur d’Allemagne fraichement nommé, a remis ses lettres de créance, il est tombé sur un président hystérique qui l’a accusé “d’hypocrisie” et Sarkozy a dit à son interlocuteur blêmissant qu’il “savait ce qu’on disait de lui à Berlin”… Cette crise a été provoquée par la venue du président le 9 juillet à la réunion des ministres des finances de l’Eurogroupe. Le ministre des finances allemand a critiqué “les coûteux cadeaux fiscaux” des Français. Sarkozy a piqué une crise et exigé d’Angela merkel qu’elle blâme publiquement son ministre pour avoir osé ainsi répondre à un président, alors qu’il n’avait pas à être à cette réunion. Ici même nous avons fait état de l’échec en Russie, ce celui au Maroc… Et on se souvient de sa virée à Dakar… On mesure mal le mépris que provoque partout le cirque du président français. Les chefs d’Etat ne sont pas loin d’avoir sur Sarkozy l’opinion de Didier le Reste rapportée par l’article de Libération: Quand même, tout cela n’est pas très sérieux. A force d’agitation chronique, à force de vouloir parler sur tout, il en balance pas mal des bourdes. Il s’est déplacé avec une compagnie de CRS, une nuée de caméras, pour un exercice de communication qui relève de la provocation, sur des sujets qui sont quand même sérieux et qui méritent autre chose que ça…»

Pourtant le fait central est ailleurs, il est dans l’alignement de la France sur les Etats-Unis, le virage de la politique française… L’essentiel est dans la manière où le mariole dit aux autres chefs d’Etat que grâce à lui le traité repoussé par les Français va passer comme une lettre à la poste… Et là-dessus il peut compter sur le plus large appui du politico-médiatique…

Mais revenons au plan intérieur. Partout des réformes hatives renforcent l’exploitation, dépouillent les travailleurs et favorisent l’accumulation du capital. Ces mesures censées enrayer “le mal français”, prises sans concertation avec les syndicats, avec une fermeté d’annonce destinée à plaire à tous les acariâtres, les xénophobes, les anti-fonctionnaires et autres poujadistes, finit par attaquer tout le monde en ordre dispersé. Pratiquer la provocation à l’usage des médias, et tenter de récupérer une clientèle électorale tout en essayant d’ empêcher l’explosion sociale , donne à la fin ce sentiment d’un numéro d’équilibriste condamné à aller toujours plus loin dans l’improvisation…

Le fond est que ce gouvernement court à l’échec, son but relancer la confiance par le bouclier fiscal est déjà hors saison, et toujours la presse nous continue à nous exhiber des bulletins de victoire (comme dans le cas des pseudos 3 milliards d’euros signés avec le maroc) avec une critique amusée des excès et des gaffes présidentielles… Alors que la situation risque d’être de plus en plus dramatique, d’exiger toujours plus de sacrifices des mêmes.

Alors pour faire oublier cela on confond la danse du ventre avec l’art de gouverner? Pour accélérer la transformation de la société française, rompre le pacte social comme le veut le medef, parce que là est le fond, comment susciter le poujadisme du peuple par un usage immodéré du spectacle, pour mieux le dépouiller ?

C’est là qu’intervient, selon moi, le danger sur lequel il nous faudra revenir, la presse, les médias qui nous inventent un Nicolas Sarkozy omniscient, omnipotent, sont en train de nous préparer une terrible réaction devant l’échec qui ne manquera pas d’advenir. On songe devant leur irresponsabilité à ce qu’avait analysé Karl Kraus en 1915. La presse allemande durant la première guerre mondiale jusqu’à la défaite n’avait proclamé que des triomphes de l’armée allemande. Quand les Allemands perdent la guerre, et que s’ensuivent de terribles conséquences, ils sont convaincus qu’il y a eu complot pour leur voler leur victoire, complot des grèves ouvrières, complot des juifs bien sûr, l’armée n’a pas perdu la guerre, elle lui a été volée. hitler fera son nid sur cette frustration. Karl kraus qui n’a cessé de dénoncer cette manipulation de la presse aura en 1933 des mots très durs contre cette presse désormais réduite au silence, il leur refusera le statut de victime du nazisme :”le national socialisme n’a pas anéanti la presse, mais la presse a créé le national socialisme” (1)

Kraus analyse les mensonges des médias en en rendant compte clairement comment dés l’époque de la première guerre mondiale, toutes les conditions ont été” réunies pour la transformation d’une moyenne, qui n’était pas particulièrement doué pour le mal, en une armée de criminels obéissants, inconscients de la monstruosité de leurs actes et persuadés de leur innocence. ” La monstruosité consiste à faire accepter la nécessité de priver ceux qui n’ont rien du peu qui leur reste au profit de ceux qui se vautrent dans le luxe, au plan international comme au plan national. Pour cela il faut des boucs émissaires, les cheminots hier…

Le président, porté par une presse, qui soit est totalement servile, soit n’est que gouvernementale, soit est dite “d’opposition” quand elle est en coquetterie avec le pouvoir comme par exemple Libération et Marianne, pour reprendre là encore la classification de karl kraus sur la presse qui fait le lit du nazisme, donc quand la crise va s’aggraver et elle ne peut que s’aggraver, a déjà monté son théâtre. le président aura fait ce qu’il a pu pour réformer la France, mais les méchants syndicats, les ouvriers égoïstes, l’ont empêché de réussir… On voit la logique du théâtre, de la politique spectacle… (2) Nous sommes loin de la coquetterie des critiques médiatiques qui se contentent de caricaturer l’agitation présidentielle, de se moquer de ses déboires conjugaux, et ne voient pas vers quelle haine sociale on nous guide…

DB

(1) Je conseille la lecture du livre de jacques Bouveresse paru chez Agone: Satire et prophétie: les voix de Karl Kraus. Karl Kraus nous donne des concepts pour penser la manipulation, la corruption médiatique. citation p.81.

(2) Nous sommes dans cette description dans l’ordre de la gaffe par agitation médiatique, mais le système du non chiffrage apparaît également comme une manière de redonner au patronat, aux riches, ce qu’à travers des mesures que l’on veut spectaculaire on prétend leur enlever dans un souci d’égalité. Il faudrait également analyser la manière dont à l’Assemblée nationale on annonce des mesures spectaculaires mais aussitôt on crée des mesures non chiffrées qui donnent ce qu’officiellement on a retiré, par exemple la taxe sur les stock-options s’est accompagné d’exonérations de charge aux entreprises dont tout le monde ignore encore le coût exact et qui va payer…

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